Guinée. Le pouvoir d’Alpha Condé en pleine dérive autoritaire

alpha-conde-guinee-690x426À l’approche d’élections présidentielles décisives, le régime d’Alpha Condé est de plus en plus contesté dans le pays et à l’échelle internationale. En 10 ans, plus de 400 morts sont à déplorer dans le cadre de manifestations antigouvernementales et le pouvoir s’engage dans un processus législatif visant à restreindre, toujours plus, les droits fondamentaux. Face à l’inquiétude de la communauté internationale, Alpha Condé ne semble pas chercher l’apaisement et aspire même à un troisième mandat. Dans le même temps, les manifestations contre une possible réforme constitutionnelle s’accumulent et l’opposition, menée par son chef de file Cellou Dalein Diallo, fait front commun contre le régime d’Alpha Condé.

L’impunité des forces de sécurité dénoncée par plusieurs pays et les organisations internationales

L’impunité des forces de sécurité, police et gendarmerie, est particulièrement dénoncée par les opposants et les militants associatifs. Dans le cas d’exécutions arbitraires en marge des manifestations, les responsables ne sont que rarement poursuivis, pratiquement jamais condamnés. « Seul un policier a été condamné pour un homicide lors d’une manifestation en 2016 », déplore Amnesty International, alors que 400 morts ont été comptabilisés en parallèle des manifestations contre le gouvernement depuis une dizaine d’annéesDes violences marquées par un contexte international particulier, alors que le traditionnel examen périodique universel de l’ONU est en cours dans le pays et vise à mesurer le respect des droits humains en Guinée. En parallèle du rapport, Amnesty International vient de rendre publics les résultats de ses recherches menées dans le pays. Les conclusions sont inquiétantes et le pouvoir d’Alpha Condé pointé du doigt par l’ONG. Si la suppression de la peine de mort a été saluée, le rapport d’Amnesty International déplore « des lois qui portent atteinte au droit de réunion pacifique et qui bafouent les normes internationales », des restrictions notables de la liberté d’expression, un recul sur la liberté d’association ou encore un climat d’impunité et « des violations des droits humains » récurrentes.

Depuis le dernier examen périodique, daté de 2015, 61 manifestants ont été tués, dont 50 par les forces de sécurité. Certains cas avaient particulièrement ému l’opinion publique, comme la mort de Komoro Condé, âgé d’à peine sept ans, tué d’une balle perdue en octobre 2015. Ou encore les meurtres de deux étudiants, Mamadou Bella Baldé et Mamadou Alimou Bah, par des hommes en uniforme militaire ayant ouvert le feu sur la foule, en novembre 2018. L’accumulation du nombre de morts en marge des manifestations a poussé plusieurs pays, dont la France, la Belgique ou encore le Canada, à réclamer des enquêtes impartiales face aux violences commises contre les manifestants.

Les inquiétudes d’Amnesty International sont partagées par une autre ONG majeure, Human Right Watch. « On n’a presque pas d’espoir, si l’on est manifestant blessé ou tué, qu’il y aura des enquêtes crédibles et que les forces de sécurité responsables soient punies », s’indigne Jim Womington, chercheur pour Human Rights Watch à RFI. Si le pouvoir en place se défend de tout abus de la force contre sa population, le pouvoir d’Alpha Condé semblerait aussi multiplier les atteintes à la démocratie sur une autre thématique, à savoir le fichier électoral du pays.

L’opposition menée par Cellou Dalein Diallo se mobilise contre une possible réforme constitutionnelle et dénonce des fraudes électorales massives

Alors que les actions de désobéissance civile se multiplient dans le pays, le Président de l’union des forces démocratiques de Guinée (UFGD) et principal opposant au régime d’Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo, mène la fronde. Selon lui, les prochaines législatives feraient déjà l’objet de fraudes électorales. L’opposition dénonce ainsi des manipulations avérées du fichier électoral destinées à garantir une large victoire au parti présidentiel pour les prochaines législatives. Des Guinéens, supposément hostiles au régime en place, auraient été dans l’impossibilité d’être inscrits dans le fichier électoral. Des anomalies déjà identifiées en 2018 dans le cadre d’un audit mené par l’OIF, l’UE et les Nations-Unies. Dans certaines régions, réputées favorables au régime en place, le corps électoral aurait crû très largement, alors même qu’il a fondu dans certains territoires hostiles au Président Alpha Condé, notamment au sein de la diaspora disséminée dans les pays limitrophes. Et pour cause, des mineurs, qui ne sont normalement pas en droit de voter, auraient été inscrits dans certains fiefs du camp présidentiel. L’indépendance et l’impartialité du président de la commission électorale nationale, Amadou Salif Kébé, sont aussi remises en question par l’opposition.

L’obtention d’une majorité parlementaire aux prochaines élections législatives par le président Alpha Condé est décisive pour lui permettre de mener à terme son projet de réforme constitutionnelle qui cristallise l’opinion. Face à la multiplication des abus, l’opposition, par la voix de Cellou Dalein Diallo, refuse « de participer à la mascarade en gestation » et a appelé à boycotter les prochaines législatives.

Multiplication des abus contre les manifestants et atteintes au processus électoral semblent se multiplier en Guinée. À l’approche des élections présidentielles, l’inquiétude grandit au sein d’une population qui semble vouloir en finir avec l’ère Alpha Condé.

Afrique-centrale.fr

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