Guinée. Le pouvoir proclame un « oui » massif à sa Constitution contestée

alpha_vote_3La commission électorale a indiqué vendredi que la nouvelle Constitution proposée par le président guinéen Alpha Condé a recueilli plus de 90% de « oui » lors du référendum du 22 mars.

Des affrontements entre opposants et forces de l’ordre ont eu lieu à Conakry le 22 mars 2020, jour du référendum constitutionnel, faisant des dizaines de morts.

La nouvelle Constitution proposée par le président guinéen Alpha Condé a recueilli plus de 90% de « oui » lors du référendum du 22 mars boycotté par l’opposition qui y voit un stratagème du chef de l’État pour se maintenir au pouvoir, a indiqué vendredi 27 mars la commission électorale.

La proposition a recueilli 91,59% de « oui » et 8,41% de « non », pour un taux de participation estimé à 61%, a dit aux journalistes le président de la commission, Amadou Salifou Kébé.

Le projet prêté au président Condé de briguer, à 82 ans, un troisième mandat fin 2020 et la nouvelle Constitution qui doit l’y aider, selon l’opposition, sont au coeur d’une crise politique qui a fait des dizaines de morts depuis mi-octobre.

Violences

Le référendum constitutionnel a lui-même été entaché de violences qui ont fait des dizaines de morts le jour de sa tenue dimanche dernier et les jours suivants à Conakry et en province selon l’opposition.

Les autorités reconnaissent quelques morts tout en assurant que la consultation s’est déroulée sereinement.

Le référendum a donné lieu à Nzérékoré (sud), l’une des plus grandes villes du pays, à des affrontements intercommunautaires meurtriers, des attaques d’églises chrétiennes et de mosquées et des saccages. Plus de 119 morts selon le bilan humain définitif et aussi de nombreuses maisons incendiées par les Dozo et la communauté Konia instrumentalisée par le tristement célèbre Amadou Damaro Camara.

« Usage disproportionné de la force »

Les conditions dans lesquelles se sont déroulés le référendum et les législatives qui ont eu lieu simultanément ont été critiquées par les États-Unis, la France et la diplomatie européenne.

« Le caractère non inclusif et non consensuel de ces scrutins et du fichier électoral porte atteinte à la crédibilité de ces élections », a dit cette semaine la porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. Elle a qualifié « d’inacceptables » les violences et « l’usage disproportionné de la force » par les policiers et les gendarmes. Même propos du côté de Paris.

Washington a remis en question la régularité des listes électorales et reproché au pouvoir de n’avoir pas renoué le dialogue avec l’opposition.

Passer outre

Toutes critiques déjà connues. Après avoir une première fois repoussé l’échéance de trois semaines, Alpha Condé et son gouvernement ont décidé de passer outre, tout comme à l’absence d’observateurs internationaux et à l’apparition du coronavirus.

Le vote a bien eu lieu alors que l’épidémie accaparait l’attention internationale.

M. Condé a été élu en 2010 et réélu en 2015. L’actuelle Constitution limite à deux le nombre de mandats, la nouvelle proposée par M. Condé également, tout en en portant la durée à six ans.

Options réduites

M. Condé, ancien opposant historique élu après des décennies de régimes autoritaires, assure qu’il s’agit de doter son pays d’une Constitution « moderne » qui, par exemple, interdirait la circoncision féminine et le mariage des mineurs.

Il entretient l’ambiguïté sur ses ambitions personnelles, qui ne font aucun doute pour ses adversaires.

Pour eux, la nouvelle Constitution permettra à M. Condé de remettre son compteur présidentiel à zéro et de marcher sur les pas d’autres dirigeants africains qui ont plié la loi fondamentale à leurs aspirations personnelles.

Ils dénoncent la dérive « dictatoriale » de M. Condé et un « coup d’Etat » constitutionnel.

« Probablement encore plus isolé politiquement »

Pourquoi serait-il impossible d’autoriser un troisième mandat comme dans d’autres pays, demande régulièrement M. Condé.

Depuis mi-octobre 2019, des dizaines, voire des centaines de milliers de Guinéens sont descendus dans la rue à l’appel d’un collectif de partis d’opposition, de syndicats et de membres de la société civile.

Avant le vote, plus de 30 civils avaient été tués. Des dizaines d’opposants ont été arrêtés et jugés. Les brutalités policières sont constamment dénoncées.

L’issue du vote est « une victoire pour Condé, lui permettant de se présenter pour ce troisième mandat convoité », dit Eric Humphery-Smith, analyste auprès de la firme de consulting britannique Verisk Maplecroft. Mais elle le laisse « probablement encore plus isolé politiquement », avec de moins en moins d’alliés en dehors de son parti et des options limitées en cas de second tour à la prochaine présidentielle, dit-il.

Guinee7sur7 avec Ouest-France

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