Présidentielle du 18 octobre : 13 candidats déclarés

Le dépôt des candidatures pour la présidentielle guinéenne s’est terminé mardi. La Cour constitutionnelle doit désormais valider la liste définitive.Onze hommes et deux femmes ont fait acte de candidature, dont le président sortant Alpha Condé et son principal opposant depuis 2010, Cellou Dalein Diallo. Alpha Condé est candidat à un troisième mandat, alors que Cellou Dalein Diallo tente pour la troisième fois de conquérir la magistrature suprême. Ils demeurent les deux grands favoris.

Outre ces deux poids lourds, il y a ceux qui sont capables de troubler le sommeil des prétendants. Ousmane Kaba chasse sur les mêmes terres qu’Alpha Condé – et ces dernières années, son parti a fait d’énormes progrès dans le cadre de son implantation dans la région.

Abdoul Kabélé Camara, ancien bâtonnier et plusieurs fois ministre, est originaire de Coyah, dans la périphérie de Conakry. Il y a aussi Abdoulaye Abé Sylla, qui en est à son second essai.

Les deux dames, Makalé Sylla et Makalé Traoré, toutes deux anciennes ministres, sont dans la course. Les cinq autres – Moro Mandjouf Sidibé de l’AFC, Bouya Konaté de l’UDIR, Laye Souleymane Diallo du PLP,  Edouard Zoutomou Kpoghomou de l’UDRP et Ousmane Doré du MND – sont tous des novices.

Alpha Condé face à une opposition divisée

Cette présidentielle intervient après plusieurs mois de contestation menée par la société civile et l’opposition contre un troisième mandat du président sortant. Les deux parties contestent la nouvelle Constitution adoptée récemment. Seulement, à l’approche de cette échéance, l’opposition ne parle plus d’une seule voix.

Limiter le nombre de mandats ?

Le nœud des débats porte sur la limitation du nombre de mandats du chef de l’État. Le président sortant, Alpha Condé, 82 ans, a été élu en 2010, puis réélu en 2015. Le professeur Alpha Condé et ses soutiens estiment que la nouvelle Constitution, adoptée en cours d’année, remet les compteurs à zéro.

« À partir du moment où le peuple souverain s’est exprimé dans les urnes lors des élections couplées, législatives et référendaires (de mars 2020), il n’est plus question de revenir sur ce débat », estime Papa Koly Kourouma, le porte-parole de la Codecc (Convention nationale de la coalition démocratique pour le Changement dans la continuité), une coalition de partis favorables au président.

« Il y a une nouvelle Constitution qui met les compteurs à zéro et qui fait qu’aujourd’hui le mandat qu’on demande n’est pas un troisième mandat, mais le premier mandat d’une nouvelle République », justifie ce responsable.

« Se battre dans les urnes »

Le dimanche 6 septembre, Cellou Dalein Diallo, le chef de file de l’opposition, a annoncé sa candidature, au cours d’une cérémonie d’investiture organisée par sa formation politique, à Conakry. Cette décision prend le contre-pied de la posture adoptée depuis plus d’un an par l’ensemble des partis de l’opposition, qui penchent pour le boycott et les manifestations dans la rue.

Après des consultations avec ses militants, Cellou Dalein Diallo, le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée, a décidé de « se battre dans les urnes » contre le troisième mandat. « Nous allons nous battre pour surveiller les bureaux de vote : nous allons nous battre pour avoir tous les procès-verbaux des bureaux de vote et faire notre propre centralisation », explique Fodé Oussou Fofana, un des ténors de l’UFDG.

« La communauté internationale va s’impliquer (…) ; qu’elle vienne regarder le fichier électoral puisque la Cédéao s’était engagée à venir voir, pour qu’on puisse au moins corriger certains éléments dans le fichier électoral », ajoute ce responsable.

Scission de l’opposition ?

Sydia Touré (leader de l’Union des forces républicaines), Faya Millimono (responsable du Bloc libéral) et l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté, maintiennent la ligne du boycott. Pour eux, participer à l’élection présidentielle revient à légitimer la nouvelle Constitution.

« Participer au processus électoral, c’est donner un quitus ou une certaine caution à ce qui a toujours été illégal en terme de processus notamment cette nouvelle Constitution et le processus pour lequel on a été exclu », regrette Aliou Bah, le leader du Mouvement démocrate et libéral (MoDeL).

Dans un tel contexte, les candidatures de leaders de l’opposition tels que Cellou Dalein Diallo (UFDG), le Dr Ousmane Kaba et Me Abdoul Kabélé Camara, représentent « une confusion dont on n’a pas vraiment besoin pour garantir l’unité de l’opposition et la sérénité en notre sein », ajoute ce responsable qui a décidé de poursuivre son « combat » pour l’alternance, dans les rangs du FNDC, le Front national pour la défense de la Constitution, qui rassemble opposition et société civile.

Mais un problème subsiste. Le chef de file de l’opposition est aussi un moteur essentiel en termes de mobilisation du FNDC. « L’UFDG tient le haut du pavé, c’est elle qui mobilise et qui apporte le plus gros du contingent du Front (FNDC, ndrl) », constate le politologue Kabinet Fofana.

« Avec l’UFDG qui décide d’aller aux élections, je ne vois pas comment le FNDC pourrait s’organiser et trouver des nouvelles stratégies (…) je ne vois pas comment le FNDC pourrait mobiliser au-delà des militants de l’UFDG », poursuit cet analyste. En conséquence, pour ce chercheur, cette scission pourrait bien affaiblir le mouvement de contestation animé par le FNDC.

Une campagne bien particulière devrait démarrer dans quelques jours. En attendant, les yeux sont rivés sur la Cour Constitutionnelle qui devrait sous peu valider la liste des candidats à la présidentielle.

Avec Rfi

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