2 May 2022

La junte pour une Transition de 39 mois en Guinée : Quand Doumbouya jette une pierre dans le jardin de la Cédéao ! (Par Le Pays)

By La Redaction

Après  huit mois d’attente, le peuple de Guinée est enfin situé sur la durée que prendra la transition au pays de Sékou Touré. En effet, dans un discours solennel prononcé à la télévision nationale, le successeur autoproclamé d’Alpha Condé, le colonel Mamady Doumbouya, a souhaité  que l’ordre constitutionnel soit rétabli  d’ici à 39 mois, soit un peu plus de 3 ans. Comme s’il voulait couper l’herbe sous les pieds de tous ceux qui, en Guinée ou au–delà, seront tentés de critiquer cette durée, parce qu’elle résulte exclusivement de la volonté du prince régnant, il s’est, peut-on dire, empressé de marteler ceci : « Je ne décide pas seul, j’agis avec tout le monde. C’est pourquoi il y a eu successivement, les journées nationales de concertations, les assises nationales et maintenant le cadre de concertation et de dialogue qui  vient de rendre ses conclusions provisoires ». Les 39 mois donc sont loin d’être arbitraires. Ils sont le fruit d’une large concertation inclusive des   Guinéens et Guinéennes, foi de Doumbouya, et «  c’est la volonté de la majorité qui tranche les contradictions ».

Tout porte à croire que cette proposition est de nature à susciter l’ire de la CEDEAO

Pour montrer sa volonté de s’inscrire dans une démarche « démocratique » jusqu’au bout, l’homme fort de Conakry s’est engagé à soumettre la proposition au CNT (Conseil national de transition), qui tient lieu de parlement. On ne sait pas encore quand exactement cette institution va donner sa position sur le sujet. En tout cas, le  colonel n’en a pas pipé mot dans son discours. Au moment où nous tracions ces lignes, la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) n’avait pas encore réagi à la proposition des 39 mois. Mais, tout porte à croire qu’elle est de nature à susciter l’ire de la structure sous-régionale. Et pour cause. La CEDEAO a toujours milité pour une transition «  raisonnable », pour reprendre son propre vocable. Et elle l’a fait savoir aux putschistes qui se sont accaparés du pouvoir à Bamako à Conakry et à Ouagadougou. Et quand elle parle de durée «  raisonnable », c’est en référence probablement à la proposition algérienne qui, on se rappelle, avait envisagé une durée de moins de deux ans à la transition malienne. Sur cette base, peut-on dire, la CEDEAO avait jugé toutes les propositions de la transition malienne, inacceptables. La dernière proposition en date du Mali, celle portant sur les 24 mois, a été aussi rejetée par 9 communauté ouest-africaine. La transition burkinabè, qui a opté pour une durée de 36 mois (3 ans), a été aussi invitée à revoir sa copie à la baisse. De ce point de vue, logiquement, on doit s’attendre à ce que les 39 mois de Conakry, sifflent aux oreilles de la CEDEAO et ce, d’autant plus que cette proposition a été faite sans préciser si les 8 mois déjà consommés par la junte, font partie de ces 36 mois ou pas. Dans l’hypothèse ou ces 8 mois déjà consommés  ne seraient pas comptabilisés dans ces 39 mois, on peut déduire que le colonel Doumbouya compte s’installer au palais Sékoutoureya, pendant une période de 47 mois, soit pratiquement 4 ans. Et cela s’apparente à une pierre que la junte guinéenne jette dans le jardin de la CEDEAO.

Dans l’histoire politique de la Guinée, les militaires ne se sont  pas montrés meilleurs aux civils

 En rappel, la communauté ouest-africaine a déjà mis de l’eau dans son vin récemment en accordant un délai supplémentaire à Conakry, pour dévoiler son calendrier de transition, dont la date butoir avait été initialement fixée au 25 avril, sous peine de sanctions. En proposant donc ces 39  mois, Conakry court le risque de s’exposer à des sanctions. Car, on voit difficilement le Conseil national de transition, auquel le gouvernement entend soumettre la  proposition pour appréciation, contrarier l’homme fort de Conakry en réduisant cette durée conformément aux désidératas de la CEDEAO. Cette crainte se justifie par la simple raison que le parlement de transition a tous les attributs d’une chambre d’enregistrement, mise en place pour accompagner la junte dans sa volonté de confisquer le pouvoir. A la limite, on peut comprendre que Ouagadougou et Bamako s’accrochent aux propositions faites à la CEDEAO, sur la durée de leurs transitions respectives. Car, ces deux pays sont sérieusement en proie au terrorisme. La Guinée a la chance de ne pas être confrontée à la même difficulté. De ce point de vue, on peut dire que la junte guinéenne n’a pas besoin de tant de temps, pour préparer le pays à un retour à  une vie constitutionnelle  normale. Ce qui a donc motivé Doumbouya et ses camarades à déposer Alpha Condé, pourrait résider beaucoup plus dans la satisfaction de leurs intérêts égoïstes, que dans leur volonté réelle de sauver la Guinée des mains d’un potentat. Certes, Alpha Condé a malmené la démocratie  dans son pays, mais la junte est en train de montrer aux yeux des Guinéens, qu’elle est loin d’avoir des compétences en démocratie et dans le domaine des droits humains. Les démocrates ou supposés tels, qui avaient applaudi à tout rompre son avènement, dans l’espoir qu’elle allait poser les bases solides d’une Guinée nouvelle, sont certainement  en train de déchanter. Et le pire pourrait être à venir. Car,  dans l’histoire politique de la Guinée, les militaires ne se sont  pas montrés meilleurs aux civils dans la gouvernance du pays. La preuve de cela nous  a été donnée par Lassana Conté et Dadis Camara. Doumbouya fera-t-il l’exception ? Rien n’est moins sur.

« Le Pays »